Artenréel vu par RENAUD HERBIN – Marionnettiste, directeur du TJP

Artenréel vu par RENAUD HERBIN – Marionnettiste, directeur du TJP

Renaud-HERBINcarreVous êtes marionnettiste, directeur du TJP, quel projet portez-vous au sein de cette institution culturelle ?

J’ai pris mes fonctions dans ce théâtre en janvier 2012, j’achève donc la troisième saison, c’est un moment charnière de fin de mandat, même si je suis reconduis à ce poste jusqu’à fin 2018. Marionnettiste, j’ai été nommé pour continuer la longue histoire de ce théâtre qui a commencé avec les Giboulées de la marionnette en 1976. J’ai souhaité poursuivre cette histoire tout en faisant évoluer l’appellation jeune public. Je ne voulais plus de spécialisation d’un théâtre vers un public mais plutôt vers une forme. D’où ce changement de nom TJP – Terrain de Jeu Protéiforme. Je voulais travailler sur les barrières liées aux représentations. Les artistes sont là pour interroger le lieu commun, prendre position sur des réalités. Le décloisonnement a généré des changements au sein de l’organisation de la maison dans l’espace et le temps. J’ai voulu que les artistes soient au centre de notre activité, dans une transmission à l’endroit de leur recherche. A Strasbourg, il y a beaucoup d’artistes, j’ai envie qu’ils insufflent au cœur de l’institution du mouvement, qu’ils déboulent et rafraichissent le regard. Ils sont garants, de la vie, d’un regard critique face à l’institution. Corps Objet Image (C.O.I) est une terminologie pour faire un pas de côté par rapport à la marionnette et tout ce qu’elle trimbale de représentation, aujourd’hui on est à la croisée des arts vivants et visuels, l’hybridation des formes est une posture de travail pour les artistes.

Vous avez dans ce sens, mis en place des clubs de réflexion, dont un qui a eu dernièrement pour thème l’articulation entre temps et travail, pouvez-nous nous raconter.

Les clubs sont des espaces pour insuffler du mouvement. Ce sont des assemblées à géométrie variable qui traitent de questions transversales du projet, ouverts aux personnes en fonction des thématiques abordées, l’espace, l’organisation, le temps, le travail. Le 21 mars dernier, nous avons travaillé en partenariat avec des étudiants en Master Politique gestion culturelle de l’IEP de Strasbourg autour du temps et du travail. Nous voulions réfléchir aux conditions de travail saines et équilibrées pour tous dans ce théâtre. Or nous avons peu de temps pour évoquer son rapport personnel au temps en tant que salarié. Avec un plateau de jeu et des cartes, nous avons tenté la mise en jeu de la parole de chacun pour prendre du recul et favoriser l’interaction horizontale. Nous travaillons dans un secteur où il y a une forte implication au travail, les frontières sont floues entre les différents temps : temps social, temps du projet, temps intime. Ces contraintes ont nécessité la mise en mots de son rapport au temps, car il pose souvent problème dans une équipe qui mêle artistes et salariés.

Peut-on dire que  votre double casquette d’artiste et de directeur d’une structure, vous a amené à vous interroger sur cette question du temps dans sa relation au travail ?

J’ai été intermittent pendant 12 ans, je fonctionnais au projet, dans un engagement limité dans le temps avec une forte implication. La double casquette est intéressante, en tant que permanent d’une structure, je dois être là tout le temps, le rapport au projet s’écrit dans la durée. J’ai ici trois métiers, celui de directeur pour lequel j’ai la responsabilité de voir loin et d’avoir le temps, celui de programmateur où tout pousse à remplir le temps disponible et celui d’artiste qui a besoin de vide. Ces postures différentes influent sur ma façon de créer, j’ai une conscience plus aigue du temps disponible.

Comment vous positionnez-vous dans cette double place par rapport aux temps choisi, libre, contraint ? Et comment le négociez-vous pour vos salariés ?

C’est une notion d’équilibre à trouver entre ce métier-passion et le niveau d’engagement des uns et des autres. Chacun doit prendre conscience de son mode de fonctionnement, comment on s’arrange individuellement et collectivement avec son rapport au temps. Le théâtre demande une grande gestion du temps et malgré cela la possibilité de continuer à inventer sans que tout soit figé. Les clubs sont pensés afin de responsabiliser chacun.

Qu’avez-vous appris de cette journée de réflexion ?

Nous nous sommes rendus compte qu’il n’était pas évident de sortir de son propre rapport au temps et de son métier, mais c’était très riche de parler de soi par le détour d’une fiction, de mettre en commun et de partager. Ce sont les prémisses d’une voie à poursuivre,  pouvant aboutir à un accord d’entreprise.

Vous connaissez Artenréel, comment selon vous, le travail en CAE peut répondre aux difficultés de l’artiste dans son rapport au temps ?

Je crois beaucoup à la force du collectif, plus qu’à la somme des individus. L’articulation individu et groupe est un moteur d’invention dans les modes d’organisation du travail. La coopérative est à mes yeux un modèle alternatif à d’autres modes d’organisations juridiques. Elle est une tentative de mettre ensemble les forces et conditions d’émergence des individus dans une dialectique qui prend en compte les deux axes vertical et horizontal. C’est avec ces deux axes, qu’on crée, fructifie les espaces interstitiels entre les êtres.

www.tjp-strasbourg.com

www.corps-objet-image.com

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