Artenréel vue par Claude Brignon

Artenréel vue par Claude Brignon
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Claude Brignon : Responsable du service services à la personne, unité territoriale du Bas-Rhin à la DIRECCTE

Pouvez-vous nous présenter la DIRECCTE, son sigle et ses missions, votre fonction ?

La DIRECCTE est la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi. Une institution née en 2010 d’une fusion de différents services liés au travail et à l’emploi. Ses missions consistent à accompagner le développement des entreprises en favorisant leur compétitivité, de permettre l’inclusion professionnelle des personnes les plus fragiles, exclues du marché du travail ou de l’activité, et enfin de veiller au respect de la réglementation sur le marché du travail, en lien avec la sécurité des consommateurs. Je travaille au sein de l’équipe des politiques de l’emploi au niveau départemental, plus particulièrement pour l’économie sociale et solidaire et le service à la personne.

Quand et comment avez-vous rencontré Artenréel ? A l’époque, pensiez-vous que cette CAE avait sa pertinence dans le monde du travail et de l’emploi ?

J’étais en lien avec l’OGACA pour l’accompagnement de la professionnalisation des artistes bénéficiaires du RMI. Les actions volontaristes menées à l’époque avaient montré leurs limites par rapport à la mise en œuvre de leurs projets. Quand la CAE est née, ce type d’organisation semblait d’une pertinence absolue pour l’adaptation des outils spécifiques aux métiers de la culture. Il y avait une problématique socio-économique avec les artistes qui valait la peine qu’on essaye de répondre aux attentes et aux besoins de ces personnes. Le premier intérêt que j’ai perçu était son aptitude à limiter les risques individuels et de pouvoir à travers elle, bénéficier d’une convention collective, du régime de droit local, du chômage et de la retraite. Ce côté structurant pour un type de public sur un territoire me semblait primordial. Même si à l’époque, la Direction générale du travail a accepté la reconnaissance d’un concept – celui d’entrepreneur salarié – alors qu’il n’avait aucun statut juridique. Jusqu’au décret de 2015, c’était l’insécurité juridique. N’importe quel inspecteur du travail aurait pu remettre en cause ce statut. Mais pour changer les choses, il faut prendre des risques, essayer en espérant que ça marche. En face, des personnes ont pris des risques, il existe des entrepreneurs au sens noble du terme.

La DIRECCTE a soutenu Artenréel et ses développements, racontez-nous l’histoire de ce soutien humain et financier.

Faisant partie du Ministère du Travail, nos soutiens ont été divers, financiers avec les aides au démarrage et à l’adaptation des outils ; juridique par rapport au statut de l’E.S et Thierry Page (ancien directeur du travail) a beaucoup aidé à convaincre les acteurs au sein du microcosme de la création d’activité, aider à faire connaître et à accepter la CAE. J’ai eu un rôle de facilitatrice et d’aide au réseautage en faisant le lien avec les services du développement économique et de l’emploi. Artenréel a vite démontré qu’elle fonctionnait, nous avions travaillé en toute transparence, comme des partenaires, dans un esprit de co-construction. Le financement des coopératives est alors remonté au niveau du développement économique et de l’emploi, il a fallu expliquer et distiller de la bienveillance.

Vous avez aussi souhaité soutenir ses développements, avec la création des autres CAE – Antigone, Coopénates, Coobatir … – pouvez-vous nous dire pourquoi et comment ?

Effectivement, les autres CAE ont bénéficié de l’aide au démarrage et au fonctionnement. Avec Coopénate, j’ai vu un bénéfice incommensurable qui est celui d’avoir un interlocuteur – le gérant de la CAE – plutôt que cinquante à soixante-dix interlocuteurs différents avec les micro-entreprises. Les CAE sont une réponse à tous ceux qui ont un germe de chef d’entreprise mais qui ont besoin d’être épaulé tout en gardant leur autonomie. La prise de risque par rapport à ses biens propres est évitée, le suivi régulier de l’activité permet d’arrêter proprement avant qu’on ne puisse plus rien faire en cas d’échec du projet. C’est un garde-fou intéressant, soit on pérennise son activité en devenant coopérateur, soit on sort en gardant des billes. Le risque pèse sur le collectif pas sur l’individuel. On constate que le nombre de coopérateurs a grandit au fil des années, les CAE ont tout à fait pris leur place et aujourd’hui la question ne se pose plus.

Quel regard portez-vous aujourd’hui – après dix ans d’expérimentations et consolidations – sur nos CAE et que souhaitez-vous pour demain ?

Avec la loi Hamon, il y a une reconnaissance et une sécurité juridique de l’activité en CAE. Maintenant que le législateur les reconnaît et sécurise leur activité, leur nombre a explosé sur le territoire et c’est parfait ainsi. Les critères sont clairs et les ES doivent décider au bout de trois ans. Pour les nouvelles CAE, il y a désormais des modèles, des réseaux, des transferts de savoir faire, c’est beaucoup plus sécurisé. Plus il y aura un maillage territorial et des spécialités, plus le concept fonctionnera. La crise économique a en quelque sorte apporté à l’économie sociale et solidaire (ESS) un regard bienveillant des gouvernants et de l’Europe. Dans la tourmente, certains étaient moins agités et c’était l’ESS. On voit qu’on n’a jamais autant parlé des SCOP. Aujourd’hui, nous présentons cette alternative aux porteurs de projets lors des réunions d’information. Je souhaite qu’au-delà de toutes les métamorphoses du paysage socio-économique, on arrive à assurer la pérennité des CAE, car les fonds publics qu’ils soient territoriaux, européens ou de l’Etat, vont se tarir. Tous ensemble, nous devons réfléchir à des manières de se pérenniser car si on perd les CAE, on perd beaucoup plus en termes de chiffre d’affaire et de cotisations sociales. Quelque soit le modèle économique, il faut comprendre que les CAE auront toujours besoin d’une compensation financière, une partie ne sera jamais auto-financée. Ce manque à gagner c’est la partie du collectif et de l’accompagnement, c’est un vrai pari sur l’avenir et peut-être que le service d’intérêt économique général (SIEG) est une des pistes d’avenir pour la consolidation des financements des CAE.

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