Artenréel vu par Luc Jambois

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Luc Jambois, Directeur de l’OGACA

Quel est votre parcours dans l’économie de la culture ?

Mon origine prend racine dans la ruralité, je viens d’un minuscule village de Lorraine, et je n’ai pas été baigné dès l’enfance dans une culture sophistiquée. En revanche, mes parents étaient abonnés au cinéma et nous y allions tous les dimanches, j’ai donc une certaine culture cinématographique. J’ai fait une fac de sciences éco dans les années 70 et j’ai été conseiller de gestion dans une chambre de commerce à Orléans puis à Strasbourg. Fin 81, une offre d’emploi a attiré mon attention, créée par Jack Lang, l’AGEC recrutait un conseiller de gestion spécialisé dans le secteur culturel. Un outil dont s’était doté le Ministère de la Culture pour soutenir la culture. En 83, le Ministère cherchait des solutions pour régionaliser cette activité, certains conseillers se sont fait embaucher par les Régions, d’autres comme moi en Alsace ont créé une association. En 84, l’OGACA est créée dans les couloirs de la DRAC.

Quels ont été les débuts de l’OGACA ?

J’ai fini par être directeur de l’OGACA en 86. J’étais issu du secteur consulaire et j’avais constaté l’intérêt des outils des chambres de commerce mais aussi leur manque en matière de compétences concernant les artistes. J’ai donc utilisé les outils formation à la gestion, veille juridique et réglementaire comme appui à la création d’entreprise en les adaptant aux professionnels de la culture. Nous avons donc développé des services qu’on ne trouvait pas dans les structures généralistes, avec en toile de fond l’idée de coller de façon permanente aux politiques publiques avec une déclinaison pour la culture. On a longtemps été les seuls à le faire.

Partant du constat selon lequel les porteurs de projets de la culture avaient des moyens économiques faibles, nous avons défendu l’accès gratuit aux conseils. L’OGACA est financée à ce titre par la DRAC, la Ville et la Région.

Quelles ont été les évolutions constatées dans ce secteur depuis 1984 ?

Aujourd’hui, nous ne sommes plus les seuls dans ce domaine et les acteurs de la culture ont énormément augmenté. L’économie de la culture s’est complexifiée, il n’a jamais été aussi nécessaire à un artiste d’être formé et accompagné, en partie en raison de la pluriactivité.

Je suis fier de ce qui a émergé à partir de l’OGACA, que ce soit : VECTEUR, une structure d’appui à la création d’entreprise en Alsace ; COMPT’ACTE, groupement d’employeur qui assure l’administration comptable de soixante-dix associations ; SARA, réseau des structures de soutien aux associations en Alsace ; et enfin ARTENREEL, qui à travers Stéphane Bossuet a repéré la nécessité d’une offre complémentaire en appliquant les Coopératives d’Activités et d’Emploi au secteur culturel.

Quels liens existent-ils entre Artenréel et l’OGACA ?

L’OGACA permet aux artistes toutes disciplines confondues de choisir la forme d’exercice de leur travail la plus adaptée à ce qu’ils sont : artistes auteur, cadre salarial, situations intermédiaires. Artenréel est un des points d’entrée de la professionnalisation des artistes, sachant que cette profession ne connaît pas de parcours linéaire. L’expérience coopérative remplit cet espace manquant : accomplir son travail d’artiste dans un cadre collectif.

Le lien OCACA/Artenréel est un lien organique très fort puisqu’on y oriente les artistes dont l’activité est en cohérence avec cela. Une des caractéristiques est la pluriactivité puisqu’elle n’est pas compatible avec l’activité indépendante.

Dans l’économie de la culture, la forme associative est très pratiquée, surtout dans le domaine du spectacle vivant, or une des faiblesses de l’association est son caractère artificiel, l’association servant de support juridique à une activité salariale.

De cela, j’en tire le souhait de participer autant que je le pourrais, avant de partir à la retraite, à ce que la forme coopérative prenne le relais de la forme associative. Quand des artistes créent une association pour porter leur projet, j’aimerais qu’ils aient l’évidence de choisir la forme coopérative en alternative.

Vous allez quitter l’OGACA pour prendre votre retraite, avez- vous une vision de l’avenir de la structure ?

Malgré le fait que l’OGACA soit fortement identifiée à ma personne, la reconnaissance de nos missions dépasse ma personne et ne met pas en péril la structure. J’ai dit souvent depuis des années que s’il y a peu de coopérative dans le secteur culturel, c’est que les conseillers n’ont pas fait leur boulot, nous n’avions pas une bonne approche de la forme coopé- rative. C’est une forme d’autocritique en fin de parcours.

J’ai prévu ma deuxième vie professionnelle, selon trois principes : Travailler moins, travailler en tant que consultant spécialisé et travailler sur tout le territoire national.

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